Quand un entraîneur me contacte, c’est rarement en début de saison. C’est en général après une série de contre-performances inexplicables : à l’entraînement tout va bien, en compétition rien ne sort. Et la phrase qui revient, presque toujours la même, c’est « il faudrait travailler le mental ».

Derrière cette phrase, il y a souvent une attente précise, et fausse : que quelqu’un vienne remotiver l’athlète, lui donner confiance, lui apprendre à « y croire ». Ce n’est pas ce qu’est la préparation mentale, et c’est même à peu près le contraire.

Un sportif de niveau régional ou national ne manque pas de motivation – il s’entraîne dix heures par semaine, personne ne fait cela sans envie. Ce qui lui manque, c’est presque toujours autre chose : des habiletés précises, entraînables, que personne ne lui a jamais enseignées parce qu’on a supposé qu’elles venaient toutes seules.

Ce que la préparation mentale n’est pas

Trois confusions circulent largement, y compris dans des clubs sérieux.

  • Ce n’est pas un discours d’avant-match. La causerie qui galvanise produit un effet réel et bref. Elle ne construit rien : le lendemain, l’athlète est exactement au même endroit. La préparation mentale se travaille à l’entraînement, pas au vestiaire.
  • Ce n’est pas de la pensée positive. Se répéter qu’on va gagner ne change rien à ce qu’on ressent quand on mène d’un point à quinze partout. Pire : quand l’écart devient trop visible entre le discours et la sensation, c’est le discours qui s’effondre – et il emmène le reste.
  • Ce n’est pas un soin psychologique. La distinction est importante et je la pose toujours d’emblée. Un préparateur mental travaille la performance chez une personne qui va bien. Une souffrance installée, un trouble alimentaire, une anxiété qui déborde le cadre sportif relèvent d’un psychologue ou d’un médecin. À l’INSEP, l’accompagnement de la dimension mentale réunit d’ailleurs dans une même unité des psychologues cliniciens, des préparateurs mentaux et des chercheurs : ce sont des métiers voisins, ce ne sont pas les mêmes.

Des habiletés, pas un état d’esprit

C’est le déplacement le plus utile que je puisse proposer à un athlète. « Avoir un bon mental » est un jugement global, donc décourageant : soit on l’a, soit on ne l’a pas. Une habileté, elle, s’entraîne – comme un geste technique, avec des répétitions et des progrès mesurables.

Quatre reviennent en permanence dans mon travail avec des sportifs :

  • Ramener son attention. Non pas « rester concentré » – personne ne reste concentré deux heures –, mais repérer qu’on est parti et revenir vite. C’est le décrochage prolongé qui coûte des points, pas le décrochage.
  • Identifier son niveau d’activation. Chaque athlète a une zone où il performe. Trop bas, il est mou ; trop haut, il est crispé. Savoir dire « je suis à 8, il me faut 6 » est déjà la moitié du travail, et cela suppose de s’être observé en dehors de l’enjeu.
  • Se fixer des objectifs de processus. « Gagner » ne se contrôle pas. « Servir long sur le premier point de chaque jeu » se contrôle. Les objectifs de résultat augmentent la pression sans donner de prise ; les objectifs de processus font l’inverse. C’est exactement le mouvement décrit dans se concentrer sur la solution plutôt que sur le problème.
  • Se relancer après l’erreur. La compétence la plus rentable de toutes. Ce qui distingue les athlètes solides n’est pas qu’ils font moins d’erreurs : c’est que leur erreur ne dure que le temps d’un point.

Le doute n’est pas l’ennemi

C’est le point sur lequel je suis le plus souvent en désaccord avec ce qu’on raconte aux sportifs. On leur apprend à chasser le doute, à le refouler, à faire comme s’il n’était pas là. Résultat : ils doutent, et ils doutent en plus d’avoir douté.

Le doute est une information. Il signale parfois un manque de préparation réel – auquel cas il est précieux, et il faut l’écouter. Il signale parfois une fatigue accumulée. Il signale parfois simplement l’importance de l’enjeu, ce qui est normal et sain. Aucun de ces trois messages ne se traite de la même façon, et aucun ne se traite en le niant.

La même logique vaut pour la peur, l’agacement ou l’excitation. Ce sont des signaux, pas des défauts de caractère – c’est le fond de ce que je décris dans faire de ses émotions des alliées en terrain exigeant. Un athlète qui sait nommer ce qu’il ressent en quinze secondes dispose d’options qu’un athlète qui serre les dents n’a pas.

Ce qui se joue entre les compétitions

On imagine la préparation mentale tournée vers le jour J. En réalité, l’essentiel se passe ailleurs, dans trois moments qu’on néglige.

Après la défaite. Le débriefing à chaud, dans le vestiaire, ne sert à rien – on est dans l’émotion, pas dans l’analyse. Vingt-quatre à quarante-huit heures plus tard, en revanche, une relecture précise – qu’est-ce qui a fonctionné, à quel moment précis ça a basculé, qu’est-ce qui dépendait de moi – transforme une contre-performance en information exploitable.

Après la victoire. Personne ne débriefe une victoire, et c’est une occasion manquée. On y apprend souvent davantage : ce qui a marché est répétable, encore faut-il savoir ce que c’était.

Dans la charge globale. Un sportif amateur cumule un travail, des trajets, une vie de famille et dix heures d’entraînement. L’INRS rappelle que le stress chronique – celui qui ne redescend jamais complètement – a toujours des effets sur la santé. Chez le sportif, il se manifeste d’abord par une récupération qui ne se fait plus, bien avant de se voir dans les résultats. C’est le même mécanisme que celui décrit dans gérer son stress au travail, appliqué à un corps déjà sollicité.

Ce que le sport apprend au reste de la vie

Il y a une raison pour laquelle j’accompagne à la fois des sportifs et des professionnels, et ce n’est pas une coïncidence commerciale. Le sport offre quelque chose que le travail n’offre presque jamais : un terrain où les émotions se manifestent vite, fort, et avec un retour immédiat.

En entreprise, entre le moment où l’on gère mal une tension et celui où l’on en voit les conséquences, il peut s’écouler six mois. En compétition, c’est trente secondes. Cette boucle courte fait du sport un extraordinaire terrain d’apprentissage émotionnel – et ce qui s’y acquiert se transfère, chez l’adolescent comme chez l’adulte.

C’est ce que travaille la préparation mentale du sportif, individuellement ou avec un collectif, dans la métropole lilloise. Et c’est la même compétence de fond que celle abordée en formation en intelligence émotionnelle, sur un autre terrain.

Une limite à rappeler : la préparation mentale s’adresse à des sportifs en bonne santé psychique. Elle ne traite ni les troubles anxieux, ni les troubles du comportement alimentaire, ni les suites d’une blessure grave sur le plan psychologique. Dans ces situations, c’est vers un psychologue du sport ou un médecin qu’il faut se tourner, et le plus tôt est le mieux.

Ce qu’on peut en attendre, et ce qu’on ne peut pas

Je préfère le dire d’emblée aux clubs qui me sollicitent : la préparation mentale ne garantit aucun résultat. Elle ne rend pas plus fort qu’on ne l’est techniquement, elle ne compense pas un déficit de préparation physique, et elle ne fait pas gagner des matchs qu’on ne peut pas gagner.

Ce qu’elle fait, c’est réduire l’écart entre ce dont un athlète est capable à l’entraînement et ce qu’il produit en compétition. Chez la plupart des sportifs que j’accompagne, cet écart est bien plus large qu’ils ne l’imaginent – et c’est précisément là que se trouve la marge.

Le mental n’est pas une qualité que l’on possède ou non. C’est un ensemble de gestes qui s’apprennent, se répètent et se dégradent quand on cesse de les travailler – exactement comme le reste de l’entraînement.

Pour aller plus loin

Un athlète ou un collectif à accompagner ?

La préparation mentale se travaille dans la durée, individuellement ou en équipe, dans la métropole lilloise. Pression, doute, confiance, relance après l’erreur.

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